dimanche 13 mai 2012

Chine : histoire du vin dans la culture chinoise par Hélène Puteaux

La Chine boit du vin depuis -4000 av JC


Chaque culture de notre planète cherche un moyen pour libérer son esprit. Le peuple chinois ne fait pas exception à la règle. Ils ont trouvé la méthode pour fermenter les céréales depuis bien longtemps... Saviez-vous que des archéologues ont découvert, en Chine, des tessons en terre cuite vieux de 9000 ans dont les analyses ont révélé des traces d’alcool de riz et de miel ? Aussi, des fouilles sur le site de Qingpu à Shanghai ont permis de trouver des poteries contenant de l’alcool à base de raisin, datant de -4000 à -3000 av JC. Ce vin n’était pas une production locale mais provenait du troc.


La plantation de vignes Putao pour produire son fruit consommé frais ou comme plante médicinale, est apparue dans la région de Shaanxi1 voici 2000 ans avec l’importation de plants venant du Moyen-Orient (-126 av JC). Ils ont rapidement compris que cette fameuse plante médicinale, pouvait aussi fabriquer du vin. Grâce à la Cour sous l’empire des Han - fervent amateurs de vin de raisin - cette boisson est devenue populaire jusqu’au VIIème siècle. D’ailleurs, leurs techniques de vinification par fermentation alcoolique et par distillation par le feu (uniquement dans la région de Gaochang) se sont améliorées avec le temps.

Vin ou thé?

Pourtant, à partir du VIIIème siècle, quelque chose les ont amené à ne produire que du raisin de table et du raisin sec..... Seuls les mandarins, poètes et musiciens chinois de l’époque, tels que Li Po (701-762) et Su Dongpo (1036-1101)2, ont continué à déguster et à s’inspirer de ce breuvage devenu rare pour en sortir des vers et des notes.

Quelle boisson aussi tannique et raffinée que le vin pouvait prendre la vedette dans la culture chinoise ? Le thé... Les moines bouddhistes l'ont privilégié dans leurs pratiques de méditation et d'éveil, substituant de fait la culture du thé à celle du raisin.

Il a fallu attendre le XIXème siècle, avec les expéditions des missionnaires chrétiens et l’importance du précieux vin de messe, pour que des plants de vigne réapparaissent dans le paysage chinois.

Il est très intéressant de constater que le vin et le thé, deux boissons d’infusion, propices à la méditation, au plaisir, au partage et si populaires prennent une place importante dans des cultures paraissant aussi différentes.... Mais en fait, pas si éloignée que cela...!

Les usages du vin et ceux du thé présentent des similitudes étonnantes pour des produits si différents en apparence :

- Cépages différents pour le vin ; théiers différents pour le thé
- Vendanges du raisin et cueillettes du théier
- Vin et thé de garde.
- Grands Crus du vin et grands crus de thé.
- Terroirs des vignobles et terroirs des thés.
- Tannins et amertume du vin et du thé.
- Sommeliers et Maîtres de thé.
- Vin et thé synonymes de bonne santé.
- Polyphénols du vin et du thé, aux vertus antioxydantes.
...etc. 

Les ressemblances sont nombreuses

Cueillette du thé
Vendange des raisins

La renaissance du plaisir du vin

Il est donc logique qu’en 1892, un Chinois ait planté un vignoble à Shandong et ait construit un chai de vinification. C’est la "Cave de Changyu", la première du genre appartenant à des intérêts chinois depuis le VIIème siècle. Il importa 150 ceps européens et s’inspira des méthodes européennes pour la culture et la vinification.

Changyu existe encore aujourd’hui. Alors que la population chinoise se met vraiment à déguster du vin depuis le début des années 2000, ce producteur visionnaire a su traversé le siècle dernier sans mettre la clef sous la porte. C’est aujourd’hui le plus gros producteur de vin d’Asie. Son principal partenaire depuis 2000, n’est autre que le négociant français Castel.

Progressivement, juste après la création de la République Populaire de Chine en 1949, une véritable industrie viti-vinicole s'est créée et structurée.

Puis, quelques cépages d’Europe de l’Est ont été introduits. Dans les années 70, on comptait une centaine de producteurs. Ils produisaient des vins de raisin mélangés à d’autres fruits. Ils y ajoutaient un peu de sucre et d’épices, ce qui donnait des alcools extrêmement sucrés et parfumés. Considérés comme des produits de luxe, ces vins n'étaient vendus que dans des magasins d'État à des prix prohibitifs.

Après la mort de Mao, avec la nouvelle politique d’ouverture, l’industrie des alcools à base de fruits s'est répandue. La production à grande échelle s'est développée, avec des entreprises étrangères - notamment françaises - qui ont investies dans la filière viticole chinoise. Ainsi, par exemple, depuis 1980, le groupe Dynasty et Rémy Cointreau se sont associés pour former une entité entrepreneuriale sino-française. Petite anecdote, les premières années, les vendanges étaient faites par les prisonniers d’un «camp de rééducation»... En 1987, Beijing Winery s'est associé avec le groupe Pernod Ricard afin de créer Beijing Dragon Seal Winery.

Puis, tout s’est accélère après 1996. Le gouvernement chinois a encouragé la consommation de vin avec pour objectif principal de ralentir la consommation d’alcools forts et de réduire l’importation des céréales servant à produire les alcools à base de riz.C’est la raison pour laquelle, la République Populaire de Chine favorise la production locale et l'embouteillage des vins importés. Jusqu'ici, sa propre production se résumait à un mélange de raisins chinois avec du vin importé en vrac, mais cette pratique disparait petit à petit grâce à l’amélioration des procédés oenologiques.
Aujourd’hui, la Chine est seconde pour la production de raisins de cuve et de table, cinquième en terme de surface et septième en tant que producteur mondial de vin depuis 2011.



La culture de la vigne s’est développée principalement dans les régions suivantes :
- Shandong - La maison Barons de Rothschild a acheté, en 2008, 25 hectares de vignes pour produire un vin haut de gamme.
- Ningxia - Moët-Hennessy, filiale du groupe LVMH y a démarré en 2011 la production d'un vin pétillant haut de gamme. Autre vin chinois, très prometteur avec 86/100 donné par Robert Parker en 2012, c’est la cuvée Silver Heights produite par Emma Gao.
- Shanxi - Grace Vineyard avec 86/100, note de Robert Parker en 2012 est considéré comme l’un des meilleurs vin de Chine.
- Yunnan - Depuis le début d’année 2012, LVMH avec VATS développent un vignoble "de 30 hectares, sur un terroir extrêmement prometteur» dans les montagnes de Yunnan. 
- Gansu


- Xinjiang
- Jilin
- Heibei....
Aujourd’hui, une certaine élite cherche le savoir vivre à l’occidental. Ce savoir-vivre s’étend tranquillement dans un pays d’un milliard trente-trois millions d’habitants.... De 0,7 litre par habitant et par an en 2007, on est passé à presque 2 litres par an et par habitant. A Shanghai, la ville la plus occidentale de Chine déguste déjà 3 litres par an et par habitant...
Le culte du vin poursuit son chemin vers l’éducation du palais et le vin de qualité.

Le célèbre «Gan Bei» - 'Cul Sec' - laisse peu à peu la place à la dégustation.

Hélène Puteaux

1 Shaanxi est la région où se trouve Xi’an, connue pour l’armée de Terracotta
2 http://www.fureurdesvivres.com/news/li-po-et-l-ivresse-en-chine






Quelques mots sur l'auteur de l'article :
Diplômée de l'IPC Vins et Spiritueux à Bordeaux - promotion 2011, Hélène est actuellement responsable marketing, communication et sales chez Vins Sélection à Shanghaï. 
"Depuis de nombreuses années je cultive ma passion pour le produit en multipliant les expériences vitivinicoles, comme guide au Château Lynch Bages dans le médoc, guide à Vinexpo Bordeaux, animatrice de soirées dégustation, vendangeuse à l'occasion pour le Domaine de Primat ou le Château La Croix de Gay.  J'ai plaisir à voyager et découvrir toujours un peu plus ce monde fascinant qu'est celui du vin".

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